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Des gens qui n'ont fait sa connaissance qu'après cette époque
Le 23/02/2012
Rien ne résiste à de tels mouvements, le --Abercrombie Femme pas cher-- s plus grands noms finissent par succomber. Swann n'avait-il pas connu une duchesse de la maison de France dont le salon, parce que n'importe qui y était reçu, était tombé au dernier rang ? Un jour que la princesse des Laumes était allée par devoir passer un instant chez cette Altesse, où elle n'avait trouvé que des gens de rien, en entrant ensuite chez Mme Leroi elle avait dit à Swann et au marquis de Modène : « Enfin je me retrouve en pays ami. Je viens de chez Mme la duchesse de X..., il n'y avait pas trois figures de connaissance. » Partageant, en un mot, l'opinion de ce personnage d'opérette qui déclare : « Mon nom me dispense, je pense, d'en dire plus long », Gilberte se mit à afficher son mépris pour ce qu'elle avait tant désiré, à déclarer que tous les gens du faubourg Saint-Germain étaient idiots, infréquentables, et, passant de la parole à l'action, cessa de les fréquenter. Des gens qui n'ont fait sa connaissance qu'après cette époque, et pour leurs débuts auprès d'elle, l'ont entendue, devenue duchesse de Guermantes, se moquer drôlement du monde qu'elle eût pu si aisément voir, la voyant ne pas recevoir une seule personne de cette société, et si l'une, voire la plus brillante, s'aventurait chez elle, lui bâiller ouvertement au nez, rougissent rétrospectivement d'avoir pu, eux, trouver quelque prestige au grand monde, et n'oseraient jamais confier ce secret humiliant de leurs faiblesses passées à une femme qu'ils croient, par une élévation essentielle de sa nature, avoir été de tout temps incapable de comprendre celles-ci. Ils l'entendent railler avec tant de verve les ducs, et la voient, chose plus significative, mettre si complètement sa conduite en accord avec ses railleries ! Sans doute ne songent-ils pas à rechercher les causes de l'accident qui fit de Mlle Swann Mlle de Forcheville, et de Mlle de Forcheville la marquise de Saint-Loup, puis la duchesse de Guermantes.
Peut-être ne songent-ils pas non plus que cet accident ne servirait pas moins par ses effets que par ses causes à expliquer l'attitude ultérieure de Gilberte, la fréquentation des roturiers n'étant pas tout à fait conçue de la même façon qu'elle l'eût été par Mlle Swann par une dame à qui tout le monde dit « Madame la Duchesse » et ces duchesses qui l'ennuient « ma cousine ». On --Abercrombie-- dédaigne volontiers un but qu'on n'a pas réussi à atteindre, ou qu'on a atteint définitivement. Et ce dédain nous paraît faire partie des gens que nous ne connaissions pas encore. Peut-être, si nous pouvions remonter le cours des années, les trouverions-nous déchirés, plus frénétiquement que personne, par ces mêmes défauts qu'ils ont réussi si complètement à masquer ou à vaincre que nous les estimons incapables non seulement d'en avoir jamais été atteints eux-mêmes, mais même de les excuser jamais chez les autres, faute d'être capables de les concevoir. D'ailleurs, bientôt le salon de la nouvelle marquise de Saint-Loup prit son aspect définitif, au moins au point de vue mondain, car on verra quels troubles devaient y sévir par ailleurs ; or cet aspect était surprenant en ceci : on se rappelait encore que les plus pompeuses, les plus raffinées des réceptions de Paris, aussi brillantes que celles de la princesse de Guermantes, étaient celles de Mlle de Marsantes, la mère de Saint-Loup. D'autre part, dans les derniers temps, le salon d'Odette, infiniment moins bien classé, n'en avait pas moins été éblouissant de luxe et d'élégance.
Or Saint-Loup, heureux d'avoir, grâce --Abercrombie Femme-- à la grande fortune de sa femme, tout ce qu'il pouvait désirer de bien-être, ne songeait qu'à être tranquille après un bon dîner où des artistes venaient lui faire de la bonne musique. Et ce jeune homme qui avait paru à une époque si fier, si ambitieux, invitait à partager son luxe des camarades que sa mère n'aurait pas reçus. Gilberte de son côté mettait en pratique la parole de Swann : « La qualité m'importe peu, mais je crains la quantité. » Et Saint-Loup fort à genoux devant sa femme, et parce qu'il l'aimait et parce qu'il lui devait précisément ce luxe extrême, n'avait garde de contrarier ces goûts si pareils aux siens. De sorte que les grandes réceptions de Mme de Marsantes et de Mme de Forcheville, données pendant des années surtout en vue de l'établissement éclatant de leurs enfants, ne donnèrent lieu à aucune réception de M. et de Mme de Saint-Loup. Ils avaient les plus beaux chevaux pour monter ensemble à cheval, le plus beau yacht pour faire des croisières – mais où on n'emmenait que deux invités. À Paris on avait tous les soirs trois ou quatre amis à dîner, jamais plus ; de sorte que, par une régression imprévue mais pourtant naturelle, chacune des deux immenses volières maternelles avait été remplacée par un nid silencieux. La personne qui profita le moins de ces deux unions fut la jeune Mademoiselle d'Oloron qui, déjà atteinte de la fièvre typhoïde le jour du mariage religieux, se traîna péniblement à l'église et mourut quelques semaines après. La lettre de faire-part, qui fut envoyé quelque temps après sa mort, mêlait à des noms comme celui de Jupien presque tous les plus grands de l'Europe, comme ceux du vicomte et de la vicomtesse de Montmorency, de S. A. R. la comtesse de Bourbon-Soissons, du prince de Modène-Este, de la vicomtesse d'Edumea, de lady Essex, etc., etc. Sans doute, même pour qui savait que la défunte était la nièce de Jupien, le nombre de toutes ces grandes alliances ne pouvait surprendre. Le tout, en effet, est d'avoir une grande alliance.
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les plus raffinées des réceptions de Paris
Le 21/02/2012
Rien ne résiste à de tels mouvements, le --Abercrombie Femme pas cher-- s plus grands noms finissent par succomber. Swann n'avait-il pas connu une duchesse de la maison de France dont le salon, parce que n'importe qui y était reçu, était tombé au dernier rang ? Un jour que la princesse des Laumes était allée par devoir passer un instant chez cette Altesse, où elle n'avait trouvé que des gens de rien, en entrant ensuite chez Mme Leroi elle avait dit à Swann et au marquis de Modène : « Enfin je me retrouve en pays ami. Je viens de chez Mme la duchesse de X..., il n'y avait pas trois figures de connaissance. » Partageant, en un mot, l'opinion de ce personnage d'opérette qui déclare : « Mon nom me dispense, je pense, d'en dire plus long », Gilberte se mit à afficher son mépris pour ce qu'elle avait tant désiré, à déclarer que tous les gens du faubourg Saint-Germain étaient idiots, infréquentables, et, passant de la parole à l'action, cessa de les fréquenter. Des gens qui n'ont fait sa connaissance qu'après cette époque, et pour leurs débuts auprès d'elle, l'ont entendue, devenue duchesse de Guermantes, se moquer drôlement du monde qu'elle eût pu si aisément voir, la voyant ne pas recevoir une seule personne de cette société, et si l'une, voire la plus brillante, s'aventurait chez elle, lui bâiller ouvertement au nez, rougissent rétrospectivement d'avoir pu, eux, trouver quelque prestige au grand monde, et n'oseraient jamais confier ce secret humiliant de leurs faiblesses passées à une femme qu'ils croient, par une élévation essentielle de sa nature, avoir été de tout temps incapable de comprendre celles-ci. Ils l'entendent railler avec tant de verve les ducs, et la voient, chose plus significative, mettre si complètement sa conduite en accord avec ses railleries ! Sans doute ne songent-ils pas à rechercher les causes de l'accident qui fit de Mlle Swann Mlle de Forcheville, et de Mlle de Forcheville la marquise de Saint-Loup, puis la duchesse de Guermantes.
Peut-être ne songent-ils pas non plus que cet accident ne servirait pas moins par ses effets que par ses causes à expliquer l'attitude ultérieure de Gilberte, la fréquentation des roturiers n'étant pas tout à fait conçue de la même façon qu'elle l'eût été par Mlle Swann par une dame à qui tout le monde dit « Madame la Duchesse » et ces duchesses qui l'ennuient « ma cousine ». On --Abercrombie-- dédaigne volontiers un but qu'on n'a pas réussi à atteindre, ou qu'on a atteint définitivement. Et ce dédain nous paraît faire partie des gens que nous ne connaissions pas encore. Peut-être, si nous pouvions remonter le cours des années, les trouverions-nous déchirés, plus frénétiquement que personne, par ces mêmes défauts qu'ils ont réussi si complètement à masquer ou à vaincre que nous les estimons incapables non seulement d'en avoir jamais été atteints eux-mêmes, mais même de les excuser jamais chez les autres, faute d'être capables de les concevoir. D'ailleurs, bientôt le salon de la nouvelle marquise de Saint-Loup prit son aspect définitif, au moins au point de vue mondain, car on verra quels troubles devaient y sévir par ailleurs ; or cet aspect était surprenant en ceci : on se rappelait encore que les plus pompeuses, les plus raffinées des réceptions de Paris, aussi brillantes que celles de la princesse de Guermantes, étaient celles de Mlle de Marsantes, la mère de Saint-Loup. D'autre part, dans les derniers temps, le salon d'Odette, infiniment moins bien classé, n'en avait pas moins été éblouissant de luxe et d'élégance.
Or Saint-Loup, heureux d'avoir, grâce --Abercrombie Femme-- à la grande fortune de sa femme, tout ce qu'il pouvait désirer de bien-être, ne songeait qu'à être tranquille après un bon dîner où des artistes venaient lui faire de la bonne musique. Et ce jeune homme qui avait paru à une époque si fier, si ambitieux, invitait à partager son luxe des camarades que sa mère n'aurait pas reçus. Gilberte de son côté mettait en pratique la parole de Swann : « La qualité m'importe peu, mais je crains la quantité. » Et Saint-Loup fort à genoux devant sa femme, et parce qu'il l'aimait et parce qu'il lui devait précisément ce luxe extrême, n'avait garde de contrarier ces goûts si pareils aux siens. De sorte que les grandes réceptions de Mme de Marsantes et de Mme de Forcheville, données pendant des années surtout en vue de l'établissement éclatant de leurs enfants, ne donnèrent lieu à aucune réception de M. et de Mme de Saint-Loup. Ils avaient les plus beaux chevaux pour monter ensemble à cheval, le plus beau yacht pour faire des croisières – mais où on n'emmenait que deux invités. À Paris on avait tous les soirs trois ou quatre amis à dîner, jamais plus ; de sorte que, par une régression imprévue mais pourtant naturelle, chacune des deux immenses volières maternelles avait été remplacée par un nid silencieux. La personne qui profita le moins de ces deux unions fut la jeune Mademoiselle d'Oloron qui, déjà atteinte de la fièvre typhoïde le jour du mariage religieux, se traîna péniblement à l'église et mourut quelques semaines après. La lettre de faire-part, qui fut envoyé quelque temps après sa mort, mêlait à des noms comme celui de Jupien presque tous les plus grands de l'Europe, comme ceux du vicomte et de la vicomtesse de Montmorency, de S. A. R. la comtesse de Bourbon-Soissons, du prince de Modène-Este, de la vicomtesse d'Edumea, de lady Essex, etc., etc. Sans doute, même pour qui savait que la défunte était la nièce de Jupien, le nombre de toutes ces grandes alliances ne pouvait surprendre. Le tout, en effet, est d'avoir une grande alliance.
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Et ce dédain nous paraît faire partie des gens que nous ne connaissions pas encore
Le 20/02/2012
Rien ne résiste à de tels mouvements, le --Abercrombie Femme pas cher-- s plus grands noms finissent par succomber. Swann n'avait-il pas connu une duchesse de la maison de France dont le salon, parce que n'importe qui y était reçu, était tombé au dernier rang ? Un jour que la princesse des Laumes était allée par devoir passer un instant chez cette Altesse, où elle n'avait trouvé que des gens de rien, en entrant ensuite chez Mme Leroi elle avait dit à Swann et au marquis de Modène : « Enfin je me retrouve en pays ami. Je viens de chez Mme la duchesse de X..., il n'y avait pas trois figures de connaissance. » Partageant, en un mot, l'opinion de ce personnage d'opérette qui déclare : « Mon nom me dispense, je pense, d'en dire plus long », Gilberte se mit à afficher son mépris pour ce qu'elle avait tant désiré, à déclarer que tous les gens du faubourg Saint-Germain étaient idiots, infréquentables, et, passant de la parole à l'action, cessa de les fréquenter. Des gens qui n'ont fait sa connaissance qu'après cette époque, et pour leurs débuts auprès d'elle, l'ont entendue, devenue duchesse de Guermantes, se moquer drôlement du monde qu'elle eût pu si aisément voir, la voyant ne pas recevoir une seule personne de cette société, et si l'une, voire la plus brillante, s'aventurait chez elle, lui bâiller ouvertement au nez, rougissent rétrospectivement d'avoir pu, eux, trouver quelque prestige au grand monde, et n'oseraient jamais confier ce secret humiliant de leurs faiblesses passées à une femme qu'ils croient, par une élévation essentielle de sa nature, avoir été de tout temps incapable de comprendre celles-ci. Ils l'entendent railler avec tant de verve les ducs, et la voient, chose plus significative, mettre si complètement sa conduite en accord avec ses railleries ! Sans doute ne songent-ils pas à rechercher les causes de l'accident qui fit de Mlle Swann Mlle de Forcheville, et de Mlle de Forcheville la marquise de Saint-Loup, puis la duchesse de Guermantes.
Peut-être ne songent-ils pas non plus que cet accident ne servirait pas moins par ses effets que par ses causes à expliquer l'attitude ultérieure de Gilberte, la fréquentation des roturiers n'étant pas tout à fait conçue de la même façon qu'elle l'eût été par Mlle Swann par une dame à qui tout le monde dit « Madame la Duchesse » et ces duchesses qui l'ennuient « ma cousine ». On --Abercrombie-- dédaigne volontiers un but qu'on n'a pas réussi à atteindre, ou qu'on a atteint définitivement. Et ce dédain nous paraît faire partie des gens que nous ne connaissions pas encore. Peut-être, si nous pouvions remonter le cours des années, les trouverions-nous déchirés, plus frénétiquement que personne, par ces mêmes défauts qu'ils ont réussi si complètement à masquer ou à vaincre que nous les estimons incapables non seulement d'en avoir jamais été atteints eux-mêmes, mais même de les excuser jamais chez les autres, faute d'être capables de les concevoir. D'ailleurs, bientôt le salon de la nouvelle marquise de Saint-Loup prit son aspect définitif, au moins au point de vue mondain, car on verra quels troubles devaient y sévir par ailleurs ; or cet aspect était surprenant en ceci : on se rappelait encore que les plus pompeuses, les plus raffinées des réceptions de Paris, aussi brillantes que celles de la princesse de Guermantes, étaient celles de Mlle de Marsantes, la mère de Saint-Loup. D'autre part, dans les derniers temps, le salon d'Odette, infiniment moins bien classé, n'en avait pas moins été éblouissant de luxe et d'élégance.
Or Saint-Loup, heureux d'avoir, grâce --Abercrombie Femme-- à la grande fortune de sa femme, tout ce qu'il pouvait désirer de bien-être, ne songeait qu'à être tranquille après un bon dîner où des artistes venaient lui faire de la bonne musique. Et ce jeune homme qui avait paru à une époque si fier, si ambitieux, invitait à partager son luxe des camarades que sa mère n'aurait pas reçus. Gilberte de son côté mettait en pratique la parole de Swann : « La qualité m'importe peu, mais je crains la quantité. » Et Saint-Loup fort à genoux devant sa femme, et parce qu'il l'aimait et parce qu'il lui devait précisément ce luxe extrême, n'avait garde de contrarier ces goûts si pareils aux siens. De sorte que les grandes réceptions de Mme de Marsantes et de Mme de Forcheville, données pendant des années surtout en vue de l'établissement éclatant de leurs enfants, ne donnèrent lieu à aucune réception de M. et de Mme de Saint-Loup. Ils avaient les plus beaux chevaux pour monter ensemble à cheval, le plus beau yacht pour faire des croisières – mais où on n'emmenait que deux invités. À Paris on avait tous les soirs trois ou quatre amis à dîner, jamais plus ; de sorte que, par une régression imprévue mais pourtant naturelle, chacune des deux immenses volières maternelles avait été remplacée par un nid silencieux. La personne qui profita le moins de ces deux unions fut la jeune Mademoiselle d'Oloron qui, déjà atteinte de la fièvre typhoïde le jour du mariage religieux, se traîna péniblement à l'église et mourut quelques semaines après. La lettre de faire-part, qui fut envoyé quelque temps après sa mort, mêlait à des noms comme celui de Jupien presque tous les plus grands de l'Europe, comme ceux du vicomte et de la vicomtesse de Montmorency, de S. A. R. la comtesse de Bourbon-Soissons, du prince de Modène-Este, de la vicomtesse d'Edumea, de lady Essex, etc., etc. Sans doute, même pour qui savait que la défunte était la nièce de Jupien, le nombre de toutes ces grandes alliances ne pouvait surprendre. Le tout, en effet, est d'avoir une grande alliance.
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Il m'a fait l'effet d'un cœur sensible
Le 17/02/2012
Quand la princesse de --Abercrombie Homme-- Parme, qui s'était chargée de trouver un parti pour Mlle d'Oloron, demanda à M. de Charlus s'il savait qui était un homme aimable et instruit qui s'appelait Legrandin de Méséglise (c'était ainsi que se faisait appeler maintenant Legrandin), le baron répondit d'abord que non, puis tout d'un coup un souvenir lui revint d'un voyageur avec qui il avait fait connaissance en wagon, une nuit, et qui lui avait laissé sa carte. Il eut un vague sourire. « C'est peut-être le même », se dit-il. Quand il apprit qu'il s'agissait du fils de la sœur de Legrandin, il dit : « Tiens, ce serait vraiment extraordinaire ! S'il tenait de son oncle, après tout, ce ne serait pas pour m'effrayer, j'ai toujours dit qu'ils faisaient les meilleurs maris. – Qui ils ? demanda la princesse. – Oh ! Madame, je vous expliquerais bien si nous nous voyions plus souvent. Avec vous on peut causer. Votre Altesse est si intelligente », dit Charlus pris d'un besoin de confidence qui pourtant n'alla pas plus loin. Le nom de Cambremer lui plut, bien qu'il n'aimât pas les parents, mais il savait que c'était une des quatre baronnies de Bretagne et tout ce qu'il pouvait espérer de mieux pour sa fille adoptive ; c'était un nom vieux, respecté, avec de solides alliances dans sa province. Un prince eût été impossible et, d'ailleurs, peu désirable. C'était ce qu'il fallait. La princesse fit ensuite venir Legrandin. Il avait physiquement passablement changé, et assez à son avantage, depuis quelque temps. Comme les femmes qui sacrifient résolument leur visage à la sveltesse de leur taille et ne quittent plus Marienbad, Legrandin avait pris l'aspect désinvolte d'un officier de cavalerie.
Au fur et à mesure que M. de Charlus s'était alourdi et abruti, Legrandin était devenu plus élancé et rapide, effet contraire d'une même cause. Cette vélocité avait d'ailleurs des raisons psychologiques. Il avait l'habitude d'aller dans certains mauvais lieux où il aimait qu'on ne le vît ni entrer, ni sortir : il s'y engouffrait. Legrandin s'était mis au tennis à cinquante-cinq ans. Quand la princesse de Parme lui parla des Guermantes, de Saint-Loup, il déclara qu'il les avait toujours connus, faisant une espèce de mélange entre le fait d'avoir toujours connu de nom les châtelains de Guermantes et d'avoir rencontré, chez --Polo Abercrombie Homme-- ma tante, Swann, le père de la future Mme de Saint-Loup, Swann dont Legrandin d'ailleurs ne voulait à Combray fréquenter ni la femme ni la fille. « J'ai même voyagé dernièrement avec le frère du duc de Guermantes, M. de Charlus. Il a spontanément engagé la conversation, ce qui est toujours bon signe, car cela prouve que ce n'est ni un sot gourmé, ni un prétentieux. Oh ! je sais tout ce qu'on dit de lui. Mais je ne crois jamais ces choses-là. D'ailleurs, la vie privée des autres ne me regarde pas. Il m'a fait l'effet d'un cœur sensible, d'un homme bien cultivé. » Alors la princesse de Parme parla de Mlle d'Oloron. Dans le milieu des Guermantes on s'attendrissait sur la noblesse de cœur de M. de Charlus qui, bon comme il avait toujours été, faisait le bonheur d'une jeune fille pauvre et charmante. Et le duc de Guermantes, souffrant de la réputation de son frère, laissait entendre que, si beau que cela fût, c'était fort naturel. « Je ne sais si je me fais bien entendre, tout est naturel dans l'affaire », disait-il maladroitement à force d'habileté.
Mais son but était d'indiquer que la jeune fille était une enfant de son frère qu'il reconnaissait. Du même coup cela expliquait Jupien. La princesse de Parme insinua cette version pour montrer à Legrandin qu'en somme le jeune Cambremer épouserait --Polo Abercrombie-- quelque chose comme Mlle de Nantes, une de ces bâtardes de Louis XIV qui ne furent dédaignées ni par le duc d'Orléans, ni par le prince de Conti. Ces deux mariages dont nous parlions déjà avec ma mère dans le train qui nous ramenait à Paris eurent sur certains des personnages qui ont figuré jusqu'ici dans ce récit des effets assez remarquables. D'abord sur Legrandin ; inutile de dire qu'il entra en ouragan dans l'hôtel de M. de Charlus, absolument comme dans une maison mal famée où il ne faut pas être vu, et aussi tout à la fois pour montrer sa bravoure et cacher son âge – car nos habitudes nous suivent même là où elles ne nous servent plus à rien – et presque personne ne remarqua qu'en lui disant bonjour M. de Charlus lui adressa un sourire difficile à percevoir, plus encore à interpréter ; ce sourire était pareil en apparence, et au fond était exactement l'inverse, de celui que deux hommes qui ont l'habitude de se voir dans la bonne société échangent si par hasard ils se rencontrent dans ce qu'ils trouvent un mauvais lieu (par exemple l'Élysée où le général de Froberville, quand il y rencontrait jadis Swann, avait en l'apercevant le regard d'ironique et mystérieuse complicité de deux habitués de la princesse des Laumes qui se commettaient chez M. Grévy). Legrandin cultivait obscurément depuis bien longtemps – et dès le temps où j'allais tout enfant passer à Combray mes vacances – des relations aristocratiques, productives tout au plus d'une invitation isolée à une villégiature inféconde. Tout à coup, le mariage de son neveu étant venu rejoindre entre eux ces tronçons lointains, Legrandin eut une situation mondaine à laquelle rétroactivement ses relations anciennes avec des gens qui ne l'avaient fréquenté que dans le particulier, mais intimement, donnèrent une sorte de solidité.
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De ces deux mariages je ne pensais rien
Le 16/02/2012
Certaines personnes, que je ne --Abercrombie-- vis pas, m'écrivirent et me demandèrent « ce que je pensais » de ces deux mariages, absolument comme si elles eussent ouvert une enquête sur la hauteur des chapeaux des femmes au théâtre ou sur le roman psychologique. Je n'eus pas le courage de répondre à ces lettres. De ces deux mariages je ne pensais rien, mais j'éprouvais une immense tristesse, comme quand deux parties de votre existence passée, amarrées auprès de vous, et sur lesquelles on fonde peut-être paresseusement au jour le jour, quelque espoir inavoué, s'éloignent définitivement, avec un claquement joyeux de flammes, pour des destinations étrangères, comme deux vaisseaux. Pour les intéressés eux-mêmes, ils eurent à l'égard de leur propre mariage une opinion bien naturelle, puisqu'il s'agissait non des autres mais d'eux. Ils n'avaient jamais eu assez de railleries pour ces « grands mariages » fondés sur une tare secrète. Et même les Cambremer, de maison si ancienne et de prétentions si modestes, eussent été les premiers à oublier Jupien et à se souvenir seulement des grandeurs inouïes de la maison d'Oloron, si une exception ne s'était produite en la personne qui eût dû être le plus flattée de ce mariage, la marquise de Cambremer-Legrandin.
Mais, méchante de nature, elle faisait passer le plaisir d'humilier les siens avant celui de se glorifier elle-même. Aussi, n'aimant pas son fils, et ayant tôt fait de prendre en grippe sa future belle-fille, déclara-t-elle qu'il était malheureux pour un Cambremer d'épouser une personne qui sortait on ne savait d'où, en somme, et avait des dents si mal rangées. Quant au jeune Cambremer, qui avait déjà une certaine propension à fréquenter des gens de lettres, on pense bien qu'une si brillante alliance n'eut pas pour effet de le rendre plus snob, mais que, se sentant maintenant le successeur des ducs d'Oloron – « princes souverains » comme disaient les journaux – il était suffisamment persuadé de sa grandeur pour pouvoir frayer avec n'importe qui. Et il délaissa la petite noblesse pour la bourgeoisie intelligente les jours où il ne --Abercrombie Femme-- se consacrait pas aux Altesses. Les notes des journaux, surtout en ce qui concernait Saint-Loup, donnèrent à mon ami, dont les ancêtres royaux étaient énumérés, une grandeur nouvelle mais qui ne fit que m'attrister – comme s'il était devenu quelqu'un d'autre, le descendant de Robert le Fort, plutôt que l'ami qui s'était mis si peu de temps auparavant sur le strapontin de la voiture afin que je fusse mieux au fond ; le fait de n'avoir pas soupçonné d'avance son mariage avec Gilberte, dont la réalité m'était apparue soudain, dans une lettre, si différente de ce que je pouvais penser de chacun d'eux la veille, et qu'il ne m'eût pas averti me faisait souffrir, alors que j'eusse dû penser qu'il avait eu beaucoup à faire et que, d'ailleurs, dans le monde les mariages se font souvent ainsi tout d'un coup, fréquemment pour se substituer à une combinaison différente qui a échoué – inopinément – comme un précipité chimique.
Et la tristesse, morne comme un déménagement, amère --Polo Abercrombie Femme-- comme une jalousie, que me causèrent par la brusquerie, par l'accident de leur choc, ces deux mariages fut si profonde, que plus tard on me la rappela, en m'en faisant absurdement gloire, comme ayant été tout le contraire de ce qu'elle fut au moment même, un double, triple, et même quadruple pressentiment. Les gens du monde qui n'avaient fait aucune attention à Gilberte me dirent d'un air gravement intéressé : « Ah ! c'est elle qui épouse le marquis de Saint-Loup ? » et jetaient sur elle le regard attentif des gens non seulement friands des événements de la vie parisienne, mais aussi qui cherchent à s'instruire et croient à la profondeur de leur regard. Ceux qui n'avaient, au contraire, connu que Gilberte regardèrent Saint-Loup avec une extrême attention, me demandèrent (souvent des gens qui me connaissaient à peine) de les présenter et revenaient de la présentation au fiancé parés des joies de la fatuité en me disant : « Il est très bien de sa personne. » Gilberte était convaincue que le nom de marquis de Saint-Loup était plus grand mille fois que celui de duc d'Orléans. « Il paraît que c'est la princesse de Parme qui a fait le mariage du petit Cambremer », me dit maman. Et c'était vrai. La princesse de Parme connaissait depuis longtemps, par les œuvres, d'une part Legrandin qu'elle trouvait un homme distingué, de l'autre Mme de Cambremer qui changeait la conversation quand la princesse lui demandait si elle était bien la sœur de Legrandin. La princesse savait le regret qu'avait Mme de Cambremer d'être restée à la porte de la haute société aristocratique, où personne ne la recevait.
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